questionnement

Lire est-il une expérience ?

Cela fait longtemps maintenant que j’avais en tête de faire un article un peu différent. J’avais envie de parler d’une nouvelle façon de la lecture, de répondre à ceux qui l’a dénigre, de défendre farouchement la lecture en tout genre. En tout cas, je me suis beaucoup amusée à écrire ce petit texte, à organiser mes multiples idées. Ce n’est pas parfait, certains points pourraient être largement améliorés, mais je suis plutôt contente du résultat et je n’ai pas envie de m’attarder plus longtemps sur un petit écrit que je ne veux pas prise de tête. Et vous, à quoi vous fait penser la question : Lire est-il une expérience ?

Suis-je folle ? Peut-être un peu pour m’être lancée de mon plein grès dans un truc pareil, mais j’avoue être de ces gens qui se posent de nombreuses questions et, à force de s’interroger, on cherche forcément des réponses.

Je me rappelle que, lorsque j’étais gamine notamment, plusieurs personnes m’ont demandée l’intérêt de lire autant, tout en affirmant que cela ne valait pas une expérience concrète, certains non-lecteurs pouvant aller jusqu’à dire que cela ne valait pas une expérience réelle, que lire de la fiction ne me servirait pas dans la vie réelle.

Alors, on se penche sur la question à un moment ou un autre et je me suis naturellement demandée si lire est une expérience.

Un livre et une expérience, c’est une antithèse : un livre est une fiction, réelle ou non, tandis qu’une expérience est réelle, nous la vivons concrètement et elle nous construit. Il s’agit de l’opposition fiction/réalité et en partant de ces deux définitions, il semblerait évident que lire n’est pas une expérience.

Cependant, il n’est pas rare d’entendre que « ce livre a changé ma vie », ce qui laisserait supposer que, comme l’expérience, la lecture permettrait d’avancer dans la vie, la lecture nous construirait. Lire rejoindrait alors la définition d’expérience.

Un livre peut-il alors nous amener à changer, à évoluer ? Un livre peut-il nous aider dans la vie quotidienne et donc devenir une expérience ?

Je me suis ainsi tournée d’abord vers le chemin menant du réel à la fiction, puis celui de la fiction menant au réel, pour enfin découvrir comment sortir du réel par la fiction.

I Du réel à la fiction

Il faut bien débuter quelque part et il me semble qu’il vaut toujours mieux commencer par le plus évident. Quand on écrit un livre, on part forcément du réel, notre monde, pour se plonger dans la fiction en couchant des mots sur du papier. Une scission se fait entre le réel et la fiction, entre le monde vivant et celui du livre.

A : réalité et fiction

Tout d’abord, il nous faut voir clairement la différence entre réalité et fiction et son rapprochement grâce aux livres. Une définition s’avère cruciale pour la suite.

La réalité est ce qui existe, ce qui est concret, ce qui est vrai et qui prend place dans notre monde. C’est ce que nous vivons, où que l’on soit, quoi que l’on fasse. On ne peut échapper au réel.

Une expérience réelle est donc quelque chose que l’on a vécu, qui ne peut être inventé ni sorti de la réalité. Elle possède un contexte, un lieu, un temps, une activité, nous met en son centre. Et surtout, elle nous fait ressentir quelque chose de nouveau, elle nous fait découvrir ce que nous ne connaissions pas encore, que ce soit des sentiments ou des idées.

L’expérience vient des sens et donc de notre vécu, de ce que nos sens nous disent.

L’imagination peut-elle être appréhendée par les sens, et avoir la même finalité que l’expérience vécue ? Peut-on ressentir grâce à l’imagination quelque chose que l’on n’a jamais ressenti ?

La fiction, quant à elle, est ce qui n’est pas. Elle n’est pas réel car nous ne la vivons pas comme nous vivons la réalité. La fiction est ce qui est inventé, la plupart du temps, ce qui montre d’autant plus le décalage entre le réel et elle. La fiction devient une ouverture, un rêve éveillé qui permet de sortir du réel, de s’en libérer quand le réel est un point d’ancrage.

La fiction est une création, elle provient de l’esprit, de l’imagination, pour se graver dans le papier, dans les mots. Ainsi, n’importe quelle œuvre est forcément de la fiction.

Pourtant, le réel peut tout à fait être le point de départ de la fiction qui peut écrire le réel.

B : le réel comme base de la fiction

On voit souvent au début des livres ce petit mot expliquant que rien dans ce roman n’est inspiré de personnes, de lieux, de scènes réelles, mais il arrive aussi régulièrement des livres qui disent le contraire, qui se disent retranscrire une partie de la réalité ou la réalité entière à partir de mots. Le roman devient ainsi porteur de réalité, il transmet la réalité grâce à un témoignage, une biographie, ou tout simplement une retranscription de faits non-vécu par l’auteur mais qui s’est beaucoup renseigné sur son sujet de sorte de ne pas en sortir.

Pourtant, ces livres peuvent-ils vraiment être de la non-fiction ? Car quoi qu’il arrive, l’auteur ne glisse-t-il pas un peu de sa patte dans son texte, n’y ajoute-t-il pas une partie de ses pensées personnelles dans son œuvre ? En soit, ce que l’auteur raconte est comment lui voit les fait, pas comment elles se sont juste déroulé. Et même s’il tente de ne pas y mettre du sien, peut-on vraiment ne pas romancer une histoire ? Après tout, c’est impossible de connaitre tous les détails et l’auteur arrive forcément au moment où il doit combler quelques trous.

A ce moment-là, un roman, même basé sur la réalité, resterait de la pure fiction et ne pourrait être rapproché à l’expérience.

II De la fiction au réel

Puisque quoi qu’il arrive le réel devient fiction dans les livres, l’inverse ne peut-il exister ? La fiction ne pourrait-elle pas mener au réel ?

A : Identification

L’une des premières choses que l’on remarque lorsque l’on lit quelques chroniques donnant leur avis sur un livre est l’avis sur les personnages. Au final, on en revient toujours à ça et si l’on a apprécié le personnage, il y a de plus fortes chances pour que le livre ait été apprécié également. A l’opposé, si le lecteur n’a pas accroché au personnage principal, il y a de fortes chances pour qu’il n’ait pas accroché non plus à l’histoire.

Les deux sont liés, c’est indéniable.

Il suffit alors de se demander pourquoi les personnages sont appréciés ou non, car en soit, cela dépendra de chaque personne. Certains vont apprécié d’avoir un personnage sombre, d’autre non, de même pour les personnages gentils à l’extrême… Ne pourrait-il pas y avoir un lien avec les lecteurs ? N’apprécient-ils pas plus les personnages qui leurs ressemblent ?

Ce serait difficile de répondre à cette question sans avoir avant tout fait un sondage important donc je ne m’avancerai pas dessus. Pour ce qui me concerne, je suis indéniablement plus attiré vers des personnages ou je pourrais, à un moment donné, me reconnaitre.

Un autre point que l’on remarque assez facilement dans ces critiques de romans sont les identifications aux personnages. Et il apparait clairement que dès qu’une identification à lieu, le livre est immédiatement apprécié, ce qui sous-entend un lien.

Mais qu’amène cette identification que fait le lecteur envers le personnage du livre qu’il lit ?

Cette identification permet au lecteur de se plonger plus facilement dans le roman, de se mettre à la place du personnage et de pouvoir le comprendre. C’est un peu comme si le lecteur vivait l’histoire à la place du personnage.

Et alors, cela ne se rapproche-t-il pas de l’expérience ?

On obtient, comme dans la définition de l’expérience, une histoire ressentit. L’expérience passerait par les sens uniquement, par la pensée, mais cela n’empêche pas qu’elle serait vécue, comme toute expérience, qu’elle serait ressentie. Je m’embrouille peut-être un peu en utilisant à chaque fois les mêmes mots, j’espère être compréhensible. Ce que je voudrais faire comprendre, c’est que l’identification permet de faire vivre par les sens une situation qui n’a pas été vécue personnellement hors des livres. Même si ce n’est qu’en pensée, la scène est ressentie et marquée dans l’esprit.

B : Pour présenter un point de vue sur le réel

La fiction, complétement hors du réel de par son univers comme de son histoire, ou proche du réel par une histoire qui y ressemble mais qui n’en est pas inspiré pour autant, peut tout aussi bien servir à parler de la réalité.

En effet, ne pourrions-nous jamais retirer le moindre aspect d’un roman pour le mettre en parallèle ou en opposition avec le réel ?

Prenons, par exemple, un roman jeunesse comme Nos étoiles contraires de John Green. Ce roman parle de deux jeunes qui sont malades, par une maladie des poumons pour l’une et pour lui une maladie cancéreuse. Ce livre parle ainsi de leur vie, de comment ils se construisent ensemble, grâce à l’autre, de comment la maladie est vécue par les autres et comment ils réagissent, il lance même à la fin une réflexion sur les enterrements avec les mots du personnage narrateur. Il aborde nombre de sujet. Aucun de ses sujets ne pourrait se rapprocher un tant soit peu de la réalité vécue ?

Je suppose que pourtant, outre l’identification aux personnages, principaux comme secondaire, qui nous permet de mettre en relation l’histoire avec un vécu personnel, nous ne pouvons que nous dire que cela peut tout à fait arriver dans la réalité. Nous arriver à nous comme aux personnes proches de nous. Cela amène alors à une réflexion sur le monde qui nous entoure après une lecture comme celle-là.

Seul les livres réalistes pourraient-ils mener au réel ?

Avec au contraire un roman qui s’éloigne beaucoup de la réalité, comme par exemple la trilogie des Fils-des-Brumes de Brandon Sanderson. Là encore, il s’agit de romans qui abordent nombre de sujet. Pour n’en choisir qu’un, prenons le plus évident : le personnage de Sazed qui emmagasine les religions dans sa mémoire comme une bibliothèque ambulante (qui rappelle Fahrenheit 451 de Ray Bradbury) pour que le monde ne les oublie pas à cause d’une censure absolue. Il cherche régulièrement à convertir les autres personnages à une religion ou une autre en leur en proposant un nombre assez hallucinant, de religion, tout en affirmant que lui-même croit en toute. Cela amène le lecteur à se questionner sur la religion dans le monde réel, ce que c’est que croire en Dieu ou en quiconque d’autre.

Ces questionnements apportés par la fiction sur la réalité ne permettrait pas, tout comme l’identification aux personnages, de rendre le texte un peu plus réel ? En effet, le lecteur n’en ressort pas vierge comme il pouvait l’être auparavant, il ressort avec des questions qui peuvent, pourquoi pas, remettre en question certains jugements qu’avait le lecteur envers quelque chose. La fiction permet ainsi de changer le lecteur dans le monde réel, elle l’amène à évoluer comme le ferait l’expérience.

III La fiction pour sortir du réel

La fiction permet donc de changer dans le monde réel. Mais l’identification, qui permet de se voir dans un ou plusieurs personnages, nous lance alors dans un revisionnage de notre propre expérience. Cette identification ne pourrait-elle pas permettre aussi de découvrir et de ressentir de nouvelles expériences avec des vies complétements autres, des mondes qui n’ont rien à voir avec le nôtre ? Après tout, on lit pour s’évader.

A : Une autre vie

Quand on entre dans la fiction, qu’on s’identifie à un personnage, on entre un peu dans sa vie, on se met à sa place dans des situations que lui vit, mais que l’on a pas vécu.

Le personne nous rappelle nous même pour plusieurs raisons, peut-être des points, parfois infimes de sa vie, qui l’on forgeait, ou des traits de caractères. En tout cas, il y a identification, le lecteur s’identifie, entre dans la tête du personnage, et en un sens, vie sa vie avec lui le temps de la lecture.

Une vie différente.

La lecture apporte ainsi la possibilité de comprendre et de ressentir une expérience fictive d’un personnage fictif le temps de la lecture. C’est un peu comme si le lecteur vivait ce que vit le personnage et, comme le lecteur gardera en mémoire cette expérience, même fictive, cela se rapproche de l’expérience en elle-même. Vécue, ressentie, enregistrée dans la mémoire à long terme, et qui pousse à changer.

Malgré le fait que l’identification nous amène à vivre des expériences qui pourrait potentiellement nous arriver dans la vrai vie, la possibilité de vivre d’autres vies apportent une nouvelles dimensions à l’expérience vécue par identification. En effet, le personnage va pouvoir vivre des expériences qui pourraient ne jamais nous arriver dans la réalité. L’expérience va ainsi au-delà de ce qu’elle pourrait être hors des livres, dans le monde réel.

L’identification au personnage, plus que rappeler à une expérience vécue, amène à de nombreuses nouvelles expériences que l’on peut amasser à force de lectures.

B : Un autre monde

Et les livres n’abordent pas seulement d’autres vie, également d’autres univers, d’autres planètes qui ne cherchent qu’à être découvertes par un lecteur avide.

Après l’identification au personnage qui apporte des expériences inédites dans de nouvelles vies différentes de la nôtre, le nouvel univers permet de vivre des expériences encore nouvelles, que personne ne pourrait vivre sur Terre. Que ressentir en effet lorsque l’on voit un dragon pour la première fois ? Le style de l’écriture nous fait ressentir la vague d’émerveillement et celle d’angoisse aussi surement que nous le vivions à l’instant. Cela s’inscrit dans le corps et dans l’esprit : voir un dragon, ou une plante, un paysage, une ville dans un autre monde.

Lire devient alors source d’expériences impossibles à vivre autrement.

Conclusion

Pour finir, je ne peux que pousser à redoubler votre rythme de lecture, de vanter ses mérites. La lecture est plus riche que toute expérience, permettant de parler du réel, de le décrire, de nous le faire revivre, tout autant que de nous permettant de vivre de nouvelles choses, de découvrir de nouveaux mondes et de nouvelles vies.

L’expérience n’a pas besoin d’être réelle pour être ressentie comme telle et lire peut tout à fait devenir l’expérience la plus enrichissante de toutes, et il est plus que sur que vous viviez plus que dans n’importe quelle vie à lire des livres.

8 réflexions au sujet de “Lire est-il une expérience ?”

  1. C’est super intéressant comme article, bravo pour le temps que tu as du passer dessus ! J’aime bien le fait que ça prenne la forme d’une dissertation ahha ^^
    Et ceux qui considèrent que la lecture ne vaut pas une expérience concrète sont tellement loin de la réalité à mes yeux ! L’art, la lecture sont tout aussi importants qu’une ballade dans les bois un dimanche après midi. Dans tous les cas, cela permet de nous évader, et comme tu le dis, en nous identifiant a des personnages, a apprendre des choses sur nous-mêmes 🙂

    Aimé par 1 personne

  2. Ton article est super intéressant ! Et je te rejoins, je pense que la lecture est une expérience à part entière, elle nous fait ressentir des choses, si bien qu’on peut se mettre à rire, à pleurer, à être choqué devant un livre, et je pense que c’est plutôt révélateur, à partir du moment où l’on ressent quelque chose, je dirais qu’on peut parler d’expérience quand même. Et je pense que la lecture, ça enrichit beaucoup, donc à ceux qui disent que la lecture ne sert pas pour la vie réelle, c’est complètement faux haha. Un livre peut nous faire évoluer de bien des façons, en nous confrontant à certains sujets parfois on se voit changer de façon de penser par exemple, ou même si l’on prend les fictions historiques, on peut apprendre beaucoup de choses sur le réel du coup, tout en entrant dans une fiction.. en tout cas voilà, c’est un article au top, et je trouve l’idée géniale 🙂

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s